Enfants précoces : « On m’a dit que mon mari et moi étions trop angoissés ! »

> Société | Christel Brigaudeau | 26 mai 2018, 7h07 | MAJ : 26 mai 2018, 7h20 |

Gaétan, 9 ans, est un enfant précoce. En marge des apprentissages de l’éducation nationale, sa maman, Patrcia, a dû trouver des méthodes d’apprentissage adaptées à son fils. LP/Olivier Corsan

Gaétan, 9 ans, est un enfant précoce. En marge des apprentissages de l’éducation nationale, sa maman, Patrcia, a dû trouver des méthodes d’apprentissage adaptées à son fils. LP/Olivier Corsan

Le fils de Patricia a été diagnostiqué précoce à 8 ans. Une nouvelle qui a transformé la vie de cette maman de 48 ans.

En devenant maman à 38 ans, Patricia n’imaginait peut-être pas que son existence changerait à ce point de trajectoire. Cette webmaster de formation s’est improvisée experte en précocité depuis la découverte du « haut potentiel intellectuel » de son fils. Elle s’est aussi reconvertie en assistante maternelle pour se ménager davantage de temps auprès de Gaëtan, à la maison.

Le premier test, effectué quand le garçon avait 4 ans, a été confirmé quand il en a eu 8, auprès d’un psychologue agréé qui a également détecté chez lui une autre particularité : la dyspraxie. En résumé, Gaëtan éprouve des difficultés à écrire, mais affiche par ailleurs une émotivité et un niveau de langage hors normes.

Depuis ce diagnostic, Patricia est entrée dans une sorte de tourbillon de consultations : après le profil psychologique, a été conseillé un bilan orthophonique, puis l’avis d’un psychomotricien, la consultation d’une ergothérapeute pour ses difficultés d’écriture, un orthoptiste pour mesurer son champ visuel…

Cette ronde des cabinets, plutôt onéreuse, a permis à Patricia de « mieux comprendre et aider » son fils, pense-t-elle. « Les tests sont une vraie photographie du fonctionnement de son enfant. » Ils sont aussi pour elle une preuve, indispensable « tant la parole des parents est tellement peu prise au sérieux à l’école ».

Enfant très émotif

Patricia a acquis très tôt la conviction de la différence de son fils. « Il écrivait très bien son prénom à 3 ans, décrit-elle. Il avait du mal à se faire des copains de son âge et se montrait très émotif, au point d’avoir tenté de fuguer de l’école en petite section pour me retrouver. »

Du côté de l’école, le diagnostic était tout autre : « On m’a dit que mon mari et moi étions trop angoissés ! » Alors Patricia a inscrit Gaëtan dans un jardin d’enfants privé Montessori et s’est renseignée tous azimuts, sur Internet, dans les livres, auprès des associations, en quête d’un indice pour l’éclairer sur la « douance », comme la nomment certains experts.

Mais à la grille de l’école, la maman a vite compris l’importance de la discrétion. « Certains pensaient que je plaçais mon fils au-dessus des autres, comme si je voulais leur signifier que le mien est un petit Einstein, alors j’ai parlé de sa situation avec parcimonie… » Cinq ans ont passé, et les réactions ont changé : « Maintenant, on me plaint, en me disant que c’est terrible ! J’ai l’impression que les gens connaissent mieux la précocité mais qu’elle leur fait peur, parce qu’elle sort de la normalité. »

La vie de Gaëtan, pourtant, ne diffère guère de celle des garçons de son âge. Il a sauté le CP, mais il fréquente de nouveau l’école de son quartier. Dans la classe, pour compenser sa dyspraxie, il bénéficiera peut-être bientôt, espère Patricia, d’un clavier pour écrire.

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